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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 07:03
Cézanne - Matisse - Sheeler

« Les principaux traits de l’art moderne existent dans la nature », écrit Sheeler (1883-1965).

« La nature est base de tout ».

Elle s’offre à la méditation. Celle-ci fait venir la couleur : on médite sous un certain éclairage. Les contrastes plutôt que les lignes génèrent les formes.

DeEs pommes de Cézanne via les intérieurs de Matisse aux constructions urbaines de Scheeler, une démarche identique. De la logique à la logique : traits, formes, couleurs, composition, composition de compositions.

Les constructions sont pensées dans leur structure qui forme une dynamique interne.

-x-

Le tout est plus que la somme des parties. Et chaque partie est un tout.

Le spectateur est acculé à la pensée. Il s’agit de rendre compte de l’émotion suscitée par des visions dont les représentations ont été rapprochées. Par une nécessité ou suscitant une nécessité.

Comment oser mettre en relation des pommes avec des cheminées d’usines ?

Il faut autre chose qu’une ressemblance.

C’est le rôle de l’imagination créative qui donne à l’artiste son immense liberté. Le regard génère la signification.

-x-

Signifier. Sens et justification se complètent comme l’un et le multiple.

L’espace devient l’occasion d’une prise de conscience des structures du moi et permet à celui–ci d’accéder à lui-même (Marghescu).

Chaque oeuvre dans l'ensemble ci-dessus est un tableau qui se suffit à lui-même et aussi un système qui débouche sur un monde.

Seul le fini peut évoquer l'infini.

27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 05:01
Blés, schorres, lagunes

À perte de vue les blés.

La ferme adossée à l’horizon comme un navire à l’ancre. En face la tour de St Jan in Eremo, le château d’eau.

Les toitures  ramassées des bâtiments de la ferme reflètent l’esprit de leurs habitants fait de logique, cohérence, du souci d’efficacité. Le paysage physique est aussi image de l’esprit.

Les blés s’étendent dans tout l’espace. Maturité imminente. C’est l’heure délicate de la décision concernant la moisson.

Décider sans émotion, poussé par la nature elle-même qu’il faut interpréter dans sa vérité : tout l’art de l’agriculteur.

La décision qui fait gagner, perdre, végéter.

-x-

En Flandre Zélandaise, rive gauche de l’Escaut, destiné au drainage et à la défense contre le pays voisins, le canal Léopold parcourt le polder. Il n’est pas navigable. Canards et poules d’eau y trouvent leur biotope privilégié. Il est bordé de grands peupliers que le vent d’ouest a modelés. Il longe des lagunes (« kreken » en Neerlandais) dont l’eau noire, saumâtre, est ceinturée de roselières.

Paysage sans péripéties, avouant une parenté avec l’art abstrait. Ce paysage « fait sens » plutôt qu’il n’en transmet.

L’eau, seconde maintenant, avait été première. On imagine difficilement le processus qui avait opéré le basculement de l’eau et de la terre. Ce qui paraît nature pure est le résultat d’une culture des plus élaborées. Mais alors qu’ailleurs la culture allait transformer définitivement des espaces naturels, ici, comme sous l’effet d’un oubli, les rythmes de la modernité n’avaient pas définitivement opéré. La nature s’était maintenue.

Cette invariance dans le polder on ne peut que la confronter avec la dynamique du Delta. L’estuaire, c’est l’espace offert à la navigation vers la haute mer.

Mais au milieu de cet espace uniforme des îles avaient été englouties, Wulpen, Schoneveld... On parlait de paroisses perdues… 

Blés, schorres, lagunes

Le schorre est le marais salé du littoral. Terre interface, biotope de l’obione, des statices (lilas de mer), des salicornes…

Statices qui manifestent du schorre la vie âpre.

Au large des schorres, des bancs de sable contournés par des cargos, guidés par des pilotes, remontant vers Anvers.

Les temps, l’eau et la terre se confondent.

Blés, schorres, lagunes
16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 12:24
La forme entre Plotin et Cézanne

Cézanne : Tout en art est théorie développée au contact de la nature.

C’est prise de conscience de la relation intime de la nature et de la culture

Il s’agit de pénétrer ce que l’on a devant soi et d’exprimer le plus logiquement possible les choses sans borne de la nature. Faire parler la nature.

L’étude réelle à entreprendre, c’est la diversité du tableau de la nature.

Cézanne veut peindre la matière en train de se donner forme, l'ordre naissant par une organisation spontanée. Il ne met pas la coupure entre ‘les sens’ et l' ‘intelligence’, mais entre l'ordre spontané des choses perçues et l'ordre humain des idées et des sciences.

La nature nous fait voir le monde. Elle nous incite à la contemplation, l’activité avec laquelle, selon Plotin, l’âme accède à la réalité et l’ordonne. Elle révèle ainsi un pouvoir d’inventer.

Contempler, c’est regarder, observer, recevoir, composer.

La contemplation est issue d’un désir insatisfait. Elle fournit la raison d’être de l’action.

Tout devenir est une forme de contemplation.

-x-

Plotin : Créer, c’est faire advenir une forme, c’est remplir toute chose de contemplation, c’est voir et faire voir… Ce qui naît, c’est le résultat de ce que je vois, en silence.

Selon René Thom, la forme permet à l’esprit de postuler la permanence d’un même être derrière l’infinie variété de ses aspects.

Créer, c’est combler un manque par une forme qui donne une signification. C’est une mise en ordre par l’introduction de limites et de relations.

L’impressionnisme avait dissout la forme.

Elle redevient visible avec Cézanne et Matisse.

La forme d’un organe est dictée par son efficacité fonctionnelle.

Brancusi dira : « j’estime qu’une vraie forme doit suggérer l’infini ».

-x-

Quelles formes expriment le vrai ?

Créées par la nature oeuvrant par trial and error, par l’artiste, l’artisan, l’ingénieur, le philosophe … animés dès lors par une intention et un savoir-faire. Formes qui fonctionnent.

Mallarmé parvient à modeler un texte par la configuration des mots sur une page blanche, celle-ci comme la toile d’un tableau faisant partie de la forme.

L’ombre projetée par l’objet le transforme en réalité nouvelle.

-x-

L’aptitude de contempler dépend de la force créatrice de l’âme. Il y a recherche, appel et acceptation.

Le principe créateur est distinct de la fonction de raisonnement.

Plotin va jusqu’à dire que la contemplation est la fin de toutes choses (Plotin 30,1).

-x-      

La forme entre Plotin et Cézanne

La vie est durée de l’être. L’esprit est une forme de vie. La forme de quelque chose est l’esprit de cette chose. Il n’y a vie que dans des formes car susciter la vie, c’est faire apparaître une forme.

Le tronc arqué et creusé du saule têtard est référence à l’événement de la vie, événement qui a un début et une fin.

-x-

Genèse et vie des formes :

manque - créer - contempler -forme - signification -  raison - action

 

30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 14:38
Formes et cohérence

Une peinture signifie par elle-même, dit Pollock.

L’objet en soi  n’est donc pas nécessaire. L’image se suffit à elle-même. Elle est une réalisation.

Ecoutons les éclarations de Pollock :

When I am in my painting, I'm not aware of what I'm doing. It is only after a sort of 'get acquainted' period that I see what I have been about. I have no fear of making changes, destroying the image, etc., because the painting has a life of its own. I try to let it come through. It is only when I lose contact with the painting that the result is a mess. Otherwise there is pure harmony, an easy give and take, and the painting comes out well.”

L’acte de peindre est un échange.

-x-

Pollock manifeste un « Expressionisme abstrait » qui lui permet, en malmenant les formes, à être subjectif tout en cachant ses sentiments. D’où le défi : faire surgir un ordre à partir de la confusion.

flaque - pin maritime - Pollock

flaque - pin maritime - Pollock

Voyons cela de plus près sur base des trois images ci-dessus.

  • Flaque : la photo représente une flaque parcourue par un rayon de soleil. Une diagonale de lumière la sépare en deux parties.

A droite, des branches tracent un réseau. Des particules sont réparties selon une loi à découvrir.

A gauche une surface inerte.

Le tout exprime un ordre.

Mais cet ordre n’existe pas tel quel dans la nature.

Il est construit par le regard de l’observateur.

Il signifie en tant que tel.

  • Le pin : il s’agit d’une photo de pin maritime traitée par photoshop. Il en résulte un faisceau de mouvements vers le haut. Le mouvement est vif. Les traits sont uniformisés. On reconnaît le pin, mais à posteriori. On a d’abord perçu une cohérence.
  • Pollock : un « maître du chaos ».

Poooloock ou après le big-bang. Il faut faire vite, saisir la lumière, tracer, joindre, harmoniser.

“De nouveaux besoins ont besoin de nouvelles techniques… », dit-il.

Car il est conscient de vivre une aventure nouvelle. Il connaît sa frénésie en tant que reflet de son époque.

 

"The only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn, burn like fabulous roman candles exploding like spiders across the stars and in the middle you see the blue centerlight pop and everybody goes."

Comprendre Le désordre pour comprendre l’ordre. Le tonnerre de la vie. Méditer.

L’ordre commence par le rythme, la répétition. Exprimer, au moyen de quasi-pictogrammes, le temps touffu. Obtenir l’unité d’un style dans la diversité des objets. Forme et contenu continués.

Autre le message de l’image ci-dessous.

Formes et cohérence

L’ordre a pris le dessus. Une mathématique est fondée. Tout est prêt pour l’apparition de l’homme. On l’attend. Il ne peut pas tarder.

L’image est incomplète. Elle signifie par elle-même un potentiel, un processus à venir.

Représentation statique d’une dynamique. Comme encore les images ci-dessous.

Formes et cohérence
18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 13:58
Aléa de la montagne

 

Parcours exhilarant : Forêt Noire, lac Léman, Pas de Morgins, vallée d’Abondance, col de Tavaneuse, Portes du soleil (fermées en ce mois pourri !).

Nuage indécis dans un creux de la crête.

Parcours nature – culture, espace « outdoor », fleurs indomptables…

L’eau du lac suggère la profondeur ; la massive muraille l’existence ; les fleurs (amélanchiers, trolles, etc…etc…) l’abondance,

Paysage à couper le souffle…

Paysage qui coupe le souffle...

               -x-

Retour des soins pour peau arrachée par le roc sans tendresse.

Maintenant je sais. On n’est pas toujours maître de son équilibre sur sentier.

Se refaire une santé en gagnant le col de Bassachaux ?

-x-

Ne pas subir l’aléa.

Mais impuissance du repos.

Par après dans les alpages « des Serranants », rando dans l’espace du passé déjà augmenté de nouvelles perspectives. Du neuf avec de l’ancien.

Cachées par les roches ou éparses, les vaches épient l’errant randonneur.

Pays d’abondance.

Forêt Noire et Chablais en dialogue.

L’une et l’autre à l’assaut de l’imagination.

-x-

Chaque photo résultat d’un regard alimente la réflexion.

La parole surgit du silence; des images ramenées aussi.

La parole qui signifie.

-x-

La pluie favorise l’ouverture du livre. Eveillé cette fois-ci par un pénétrant James Joyce.

Joyce écrivain de la vie : traduire la vie en littérature, la littérature en vie : la vie augmentée.

Soulages, Mondrian, Giacometti, Pollock ; Dostoievski, Beckett, Joyce, Powys : les nouvelles constellations.

Dès lors resituer Beckett et Powys dans la nouvelle vision de Joyce.

La charge nécessaire pour meubler l’esprit en montant vers le col.

-x-

10/06/2016, jour d’« aléa ».

Tout est marqué par les nombres.

Je me sens mieux les jours impairs !

-x-

Mais Dixit Joyce : “And still à light moves long the river. The way is free.”

 

Aléa de la montagne
29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 12:56
Sculptures de l'ombre et couleurs vives

Où va cet homme rigide ? Que flaire ce chien efflanqué ?

On n’en sait rien. Mais on reconnaît des œuvres du sculpteur Giacometti.

Giacometti ami de Beckett.

Des amis, des complices.

Tous les deux semblent avoir entendu les mots de Plotin : « Retranche tout ! »

-x-

« Un livre avec lequel allumer son feu ». Voilà comment était annoncé « Molloy » de Samuel Beckett.

Peut-on dire de lui qu’il crée un langage nouveau alors qu’il voulait écrire comme Racine ?

Lisez Molloy. En voici quelques extraits.

« Dire c’est inventer. Faux comme de juste ».

 « Ce dont j’ai besoin, c’est des histoires… D’ailleurs je n’en suis pas sûr ».

 « Je regardai la plaine qui déferlait devant moi à perte de vue. Non, pas tout à fait à perte de vue ».

« Il est minuit, la pluie fouette les vitres. Il n’était pas minuit. Il ne pleuvait pas. »

Molloy précède le Beckett découvert par « En attendant Godot ».

Tout y est déjà dit, rien n’y est applaudi.

La littérature de Beckett est allusion à la littérature.

-x-

Giacometti non seulement sculpteur, mais peintre.

Son sujet, l’atelier, creuset de l’œuvre qui traite de l’âme.

Recherche tonifiante de l’élémentaire.

-x-

On voit autrement le réel après avoir lu Beckett, vu Giacometti.

La nature est prolifique, la culture tend vers l’ascèse.

« Tout cesse sans cesse ».

-x-

Après Molloy, Malone meurt, l’Innomable…

…, ça va être le silence,…

-x-

Certes non. La marche sur le terrain fait vivre notre vision comme un processus de découverte.

Et La chapelle du Kandel, un sommet de la Forêt Noire,  nous expédie à la recherche d’autres sanctuaires qui s’adressent à l’âme  par leur beauté et l’invitation à la contemplation.

Sculptures de l'ombre et couleurs vives

L’utilisation de la couleur et des formes conduit à l’art de faire grand à partir d’un espace réduit.

Exemplaire réalisation de St. Carolus à Waldkirch.

Du béton usé à l’extérieur, à l’intérieur la fraîcheur des correspondances et des contrepoints entre les volumes par la disposition en plis de vitraux et les vifs contrastes des couleurs.

La distance met en relations.

L’éloignement génère les formes.

-x-

Variété de ce qui a été rencontré. Restent des traces dans l’imagination étayées par des photos.

x-

La photo résulte de la réalité qui se répète et de l’imagination qui choisit et interprète. Elle rend  compte de la vie en tant que processus de continuité et de changement.  

Continuité par répétition et changement par innovation.

Comment définir celle-ci ?

Sans rien en dire, Giacometti, Beckett et les artisans des chapelles de Waldkirch nous montrent ce qu’elle est.

-x-

Alors

S’incliner simplement, émerveillé.

 

 

7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 13:29
Brancusi

Brancusi

Brancusi : « j’estime qu’une vraie forme doit suggérer l’infini ».

 

Quelles formes entrent dans le vrai ? Créées par l’artiste évidemment, animées par une intention et un savoir-faire.

Formes extraites de la matière ou lui imposées par le modelage, exprimant matériellement une idée.

Mallarmé parvient à modeler un texte par la configuration des mots sur une page blanche, celle-ci comme la toile d’un tableau, support de la forme.

De même en photographie, l’ombre projetée par l’objet le transforme en réalité nouvelle.

 -x-

Qu’en est-il dans  la nature ?

Elle aussi produit des formes, à profusion. Mais l’intention n’en est pas discernable.

La forme résulte du mouvement même de la vie, aléatoire apparemment.

-x-

Des hommes ont pu voir dans le paysage une proposition de page à compléter par des signes. Le vigneron voit l’étendue des vignobles à perte de vue et, tout près, le cep à tailler. Taille nécessaire si l’on veut produire de la vie.

Le sculpteur aussi « taille » pour imager la vie.

De la taille résultent des objets spécifiques, des formes.

Le sol parsemé de débris de schiste porte les ceps en rangées dont l’ensemble devient forme.

Et des similitudes apparaissent entre les formes de la nature et de la culture.

L’étirement d’un Giacometti ne trouve-t-il pas un analogue dans le cep jaillissant du schiste ?

Visual thinking

La forme suscite l’idée, l’idée suscite la forme.

 

Formes
28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 06:28
amélanchier

amélanchier

L’amélanchier, plus fréquent dans le Sud, y est présent accroché aux parois rocheuses. Signe de l’improbable. Signe aussi de cette vallée dont la vigne est le facteur unificateur. Vigne répartie sur des coteaux accidentés. Toute la vallée en vit.

La Nature qui s’adapte et  le savoir-faire d’hommes tenaces ont suscité dans cette vallée une passion qui force au geste créateur.

Vallée animée d’une âme.

Il le faut pour faire vivre des ceps sur des terrasses sèches et pentues au soleil qui cogne sur le schiste.

Nature et hommes répondent au défi : comment développer de la vie ? Chacun y répond à sa façon.

La racine du cep fouille le sol pierreux pour chercher l’eau. Alliance idéale entre la vie et le minéral inerte.

Fonctionnement par trial and error. De l’ordre s’installe. Un savoir-faire se développe à base d’observation.

Ainsi le Frühburgunder (pinot noir hâtif) résulte d’une mutation du pinot noir qui ne parvenait pas à mûrir durant une période de froid au 19è siècle.

Ahrtal en Eifel (Allemagne)

La notion de terroir, qui vient de France, trouve dans la vallée de l’Ahr un terrain d’application idéal. Sol, climat, environnement, savoir-faire des viticulteurs en sont les ingrédients.

Terroir issu de l’histoire. La qualité des vins actuels à partir de 1950 provient d’un renouveau après une période de déclin au milieu du 19è siècle.

A Mayschoss, Dernau, Ahrweiler des coopératives développent les vins de terroir.

-x-

La réalité est rythme. On le comprend bien en observant les alignements superposés des terrasses sur les versants de l’Ahr où les ceps plongent dans le sol caillouteux. Les murets ! Ils organisent ce qui serait un effondrement de caillasses.

Ils sont d’origine expérimentale, introduits par les moines du 12è siècle. Ensuite est venue la conception d’une œuvre systématique.

Une autre vie devient possible. Permettant la croissance du vignoble, la construction des terrasses assure aussi la diminution de l’érosion. Elles modifient considérablement le paysage en le diversifiant. Il en résulte un environnement dont le vigneron est architecte.

On y saisit concrètement le lien entre la vie et l’ordre.

-x-

L’avenir influence l’action du vigneron qui est contraint d’avoir une vision à 30 ans. Le réchauffement climatique amène à faire des hypothèses quant aux cépages du futur : faudra-t-il introduire le Merlot, la Syrah, le Sangiovese, le Viognier dans ces régions du Nord si favorables actuellement au Riesling et au Pinot Noir ?

-x-

L’harmonie actuelle est donc le résultat de plusieurs siècles d’expérimentation. Le paysage aurait-il pu être autre ? Sans doute. Mais les hypothèses arrivent a posteriori. L’expérimentation est devenue tradition.

Et le succès a entraîné le succès.

 

Ahrtal en Eifel (Allemagne)
22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 12:30
Terres d'abbayes

Au retour de la Moselle, visite de l’Abbaye d’Immerod suggérée à partir d’un panneau perçu sur l’autoroute de Prüm depuis des années.

Visite préparée par celle de Trèves où les façades baroques, les cloches, les jardins fleuris, les groupes d’enfants déclenchent une impression d’enchantement lors de la commémoration de la vie de St Martin de Tours.

Trèves -> Immerod -> Prüm -> Aachen, axe de pénétration du Christianisme en Europe du Nord, chemin direct ou en méandres, toujours là malgré les destructions dues à la guerre.

Axe de pénétration culturelle introduit par les abbayes qui profitèrent des pistes créées par les légions romaines.

-x-

Pénétrés de l’unité entre toutes les choses, entre tout ce qui est, les moines pratiquaient le travail manuel, intellectuel, spirituel.

Il fallait vivre en des temps où l’immense savoir-faire des Romains avaient disparu, non sans laisser des traces.

L’instabilité exigeait l’instauration d’un nouveau paradigme.

Trèves - Immerod

Trèves - Immerod

De Trèves tout était possible. Les Romains avaient apporté les techniques pour maîtriser l’eau et les moyens de communication.

La Moselle relie Trèves à Coblence. Ses coteaux sont actuellement couverts de vignes dont l’origine remonte à Rome. En permanence une péniche remonte ou descend son cours, lentement comme pour ne pas déstabiliser le paysage.

-x-

Le christianisme renforça le sens profond de la vie. Lui aussi avait expérimenté des techniques de vie. Solitude-contemplation-travail, soit le recueillement, la prière, la pensée et les pratiques manuelles pour faire vivre autour de soi.

Renovatio in melius, renouvellement pour le meilleur.

Au Nord de la Moselle, l’Eifel immense plateau boisé ou cultivé.

Les moines remontèrent le cours de la Salm, y trouvant l’espace adéquat pour utiliser l’énergie du torrent, le bois de la forêt, la pierre pour construire, le sol pour semer, le silence pour méditer d’où surgit la parole qui fait vivre.

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Les ordres prirent conscience de la relation entre les besoins des hommes et le maintien de l’environnement.

Cet environnement que l’on vient seulement de découvrir comme composante essentielle de la vie, cette réalité qui devrait unir tous les hommes et toutes les confessions.

Tout homme a besoin d’un paysage auquel il peut attribuer une identité. Celle-ci le possède comme une idée.

Une idée qui a un sens valant d’être sauvegardé. D’où une nécessaire protection. D’où des règles à observer dans tous les domaines. D’où ce manuscrit du 15è de Himmerod, mode d’emploi décrivant les lieux et dates de pêche.

-x-

Toute réalité a une composante visible et une invisible. Mais il n’y a pas d’accord sur l’invisible. Cet invisible, c’est l’ensemble des relations qui du multiple fait de l’Un, suscite une identité. Que l’on perturbe un de ses éléments, et l’ensemble est déstabilisé ! Mais la vie est une aventure qui nécessite de la nouveauté comme condition d’adaptation.

Voici le temps des  luttes pour un ordre de vie adéquat, dit Hildegarde de Bingen (12è s). Cela peut être dit pour le temps présent, ce temps qui commence à écouter la voix de la terre.

Cela a été entendu par ces communautés de pionniers, les moines, qui ont œuvré pour vivre et faire vivre sur un espace disponible.

-x-

Plusieurs communautés religieuses d’Europe se sont engagées sur la voie de l’écologie. Après tout, la Bible est un livre de vie !

« Vois : je mets devant toi la vie et le bonheur… », dit Moïse à son peuple.

« Choisis la vie » est le thème d’une session écologique de la communauté du Nord de l’Ardèche, le Foyer Marie Jean situé dans la splendide vallée de la Cance.

L’abbaye d’Immerod, seule abbaye d’Allemagne fondée directement par Bernard de Clervaux, aussi s’engage dans cette voie.

« Sans l’unité des choses il n’y aurait rien », dit Denis l’aréopagite. 

La Salm - Immerod

La Salm - Immerod

« Klosterlandschaft », paysage de monastère, expression particulière de « paysage culturel ».

Tout comme il existe des « paysages d’énergie », nombreux en Eifel.

Energie qui ne provient pas seulement du vent comme c’est souvent les cas maintenant avec les éoliennes, mais de l’eau.

L’environnement de l’abbaye d’Immerod a gardé l’identité que lui ont conférée les moines fondateurs. L’action civilisatrice dans la vallée de la Salm a laissé des traces qi restent en harmonie avec une région autrefois désertique. La nature y a fourni l’énergie de l’eau et du bois sans être dénaturée.

Les anciennes communautés cisterciennes d’Immerod possédaient un grand savoir en gestion de l’eau, par la construction de canaux, d’étangs, de moulins.

Le « paysage de monastère » est caractérisé par l’étroite symbiose entre la nature et la culture. Symbiose dont on prend particulièrement conscience aujourd’hui.

-x-

Les abbayes formèrent des entités transculturelles qui anticipèrent l’Union Européenne.

Cela aussi est conforme à la conscience écologique.

-x-

Des monastères restent aujourd’hui des centres de réflexion et de contemplation pour des communautés stables et de passage.

Refuges enfin pour qui ne parvient plus à subir un hédonisme prédateur.

31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 08:06
Partir

Il reste tentant de partir en ces temps d’attentats.

Le peut-on ?

Le veut-on ?

Le sait-on ?

 

-x-

Préparer un itinéraire c’est déjà partir.

La carte agresse l’imagination.

« The soul feeds on invisible”… (Powys).

Tout est dans l’esprit.

C’est pourquoi je prends comme accompagnateurs mes démons de toujours, les Basho, Powys, Thoreau…

-x-

Se faire accompagner, c’est créer.

On peut être seul parmi mille et accompagné en étant seul.

Préparer pour ne rien oublier…

 

Mais surtout pour ne pas le perdre, le temps.

 

Car la « vie qui me fuit me poursuit. » (Beckett)

 

 

-x-

 

Aller où ? Quand ?

Question non par lacune de désir mais par excès de destinations.

Tout est dans le choix du temps et du lieu, l’un en fonction de l’autre.

Oser la nouveauté.

Trop souvent fonctionne l’itération : revivre ce qu’on a si heureusement vécu.

Comme si on le pouvait !

La créativité ne fonctionne que dans le sens de la nouveauté.

-x-

Ligurie donc mais autre.

Celle des crêtes, cols, versants accidentés, chemin muletiers, sables et roches des rivages…

Des destinations choisir la moins probable pour ceux qui se pressent vers la Riviera.

-x-

Sur la carte comment décider dans cet égarement de lignes qui signifient chemins, pistes, routes asphaltées ou non ?

Les courbes de niveau aussi signifient. Fort rapprochées elles promettent l’effort tonifiant.

Mais l’absence d’habitat est le signe fondamental.

L’absence comme signe !

-x-

Il faut longuement regarder une carte avant de décider.

La décision doit être déclenchée par une nécessité.

La découverte d’un col peut rendre possible l’impossible boucle.

Décision facilitée encore par la signification éventuelle d’un nom comme « Castagnello » qui évoque le châtaigner, l’ornement des versants du Sud.

L’inexplicable coup de cœur.

Réservé parfois à qui simplement se trouve contaminé par une photo.

-x-

 

 

Partir

On ne peut expliquer un paysage.

Il se dévoile à qui peut le lire.

Lire est une façon d’aimer.

A chacun son régime de lecture.

On ne peut lire sans lumière.

La lumière, le dernier mot.

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