Overblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Faire voir que la répétition n'épuise pas le dialogue entre l'oeil et ce qu'il voit et tente d'unifier. Car depuis toujours, la relation entre l'un et le multiple reste une énigme.

Publicité

Artefact

Artefact
Publicité

La garce ! Elle ne demandait qu’à me filer entre les doigts. Après une relation de dix ans.

Je la maintins de justesse. Mes doigts serrèrent le col. Je relâchai doucement l’étreinte.

 

Pas si “still life” que ça !

 

Je déposai doucement la cafetière sur la table.

Elle était vide. Un petit disque marron au fond du récipient évoquait la présence, renouvelée de jour en jour, du café.

 

Je lui trouve un air intelligent. Dépourvue de design, tout est fonctionnel dans sa forme et sa réalisation.

La matière n’est pas unique. Le pot proprement dit est en verre. Le verre, comme la brique, est un matériau artificiel de qualité.

Un collier d’acier inoxydable l’entoure juste en-dessous du bec, pour maintenir la poignée en plastique brun. Le couvercle aussi est en plastique, de même couleur.

 

Pour faire le café, il faut y ajouter un support de filtre, généralement en plastique, dans lequel on place un filtre en papier.

Conception simple, obsolète, qui explique aussi sa durée de vie.

 

Malgré mon aversion pour les objets, dont je parlerai plus loin, je ne me lasse pas de la contempler. Elle me fait comprendre la passion de Morandi pour les pots. “still life”, vie tranquille. Oui, car en plus de l’intelligence, je perçois en elle une sorte de vie. De l’être, en tout cas.

 

Quel est le rapport entre l’être et la vie ?

 

Quel est le rapport entre la cafetière et le café ?

 

La cafetière est un signe. Elle réfère au café. Relation nécessaire.

Je ne verrais pas du thé dans une cafetière. Le thé demande plus de rondeur.

 

On pourrait imaginer que la cafetière se libère du café, de sa fonction initiale donc, pour acquérir une indépendance, dans un musée par exemple. Sa fonction de signe demeurera. Toujours on pensera au café.

 

Hormis cette cafetière et mon appareil photo, je n’aime pas les objets. Ils doivent s’en rendre compte.

J’ai médit des objets. Je les ai même calomniés. Il faut reconnaître que si jusqu’à un certain point ils libèrent, au-delà, c’est l’esclavage. Affaire de pléthore. Sont-ils nécessaires, tous ces objets qui nous entourent ? Quel serait leur nombre et leur tas rien que dans la vie d’un seul homme ? L’homme occidental, en tout cas. L‘homme, l’être qui génère des artefacts et des ordures. Comme si le progrès générait lui-même les moyens de sa propre paralysie.

 

Le paradigme éclate tous les jours à nos yeux. Voyez les avenues et même les ruelles d’une grande ville à l’heure de pointe. Mais déjà avant la voiture ! Entrez dans un musée de culture médiévale ou renaissance.

 

Au musée des armures de Vienne, par exemple, vous rencontrez dans d’immenses galeries baroques tout un peuple vêtu d’acier. Dans des vitrines, les arbalètes, mousquets, pistolets, rutilent sous un éclairage qui met en valeur tout un savoir-faire d’artisans du métal d‘une époque qui ne possédait pas nos outils. Une mécanique astucieuse et raffinée déborde du magasin des armes à feu. Les concepts disponibles à l’époque ont été utilisés jusqu’à l’extrême limite de leur rendement.

 

Après l’étonnement, et l’admiration peut-être, le délire d’inventions et de fabrications vous accable.

 

A moins que ...

 

A la brocante ou au marché aux puces vous percevez que la passion des objets fait partie de la nature humaine. Vous qui haïssez les objets, abandonnez tout espoir.

 

Les autres cultures ne sont pas innocentes. Les Indiens d’Amérique du Nord, Pieds-Noirs, Nez-Percés etc, et, en Asie, les Pastouns nomades aussi avaient leurs artefacts en cuir, ficelles, bois, métal, plus nécessaires sans doute à la vie que les objets qui actuellement nous suffoquent.    

 

Il faut sabrer, pour revenir à l’essentiel. A la cafetière, par exemple. Autant qu’un signe, elle est un repère. Constante insensible au flux des événements, elle est indivisible, alors que le café est divisible à l’infini. Je souhaiterais synchroniser notre fin. Peut-être me survivra-t-elle. Je crains alors qu’elle ne soit non reconnue à sa juste valeur et abandonnée dans un grenier. Qui des générations futures verserait de l’eau chaude sur le café plutôt que d’utiliser un percolateur ?

 

Gustave De Smet

Gustave De Smet

Le peintre flamand Gustave De Smet a peint une cafetière classique posée sur une vaste cuisinière en fonte qui lui donne toute sa signification. Tableau qui est  un vrai système de relations.

Les assiettes sur la table et les chaises qui l’entourent attendent hommes, femmes et enfants. La porte lourde, un simple geste l’ouvrira, provoqué par la faim, le besoin de chaleur et de la rencontre. La fenêtre en partie visible donne sur un espace et une multiplicité tant imaginaires que réels. Comme seul élément décoratif le carrelage aux carreaux alternés noir et gris. Tout se tient. Aucun design. Une impression de bien-être.

 

La pléthore jugulée, une rédemption de l’objet reste possible, dans le domaine de la contemplation encore plus que de l‘utilité.

Lorsque l’objet fait l’objet d’une “still life”. Chardin, Cézanne, Morandi, Gustave De Smet sauvent l’objet et ainsi se sauvent eux-mêmes. C’est qu’ils y voient autre chose.

 

L’Etre !

Qu’en dire ?

 

L’objet est objet de vision. C’est le regard qui perçoit et transforme pour mieux percevoir encore, comprendre, jouir. La rédemption, c’est ce saut au-delà de l’apparence, des traits, du trivial, de l’attendu pour atteindre l’improbable.

 

Que j’aime ce qui me surprend, comme lorsque je lis de Rimbaud : “L’étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles,” !

Etoile, coeur et oreilles sont entrés dans une relation qui suggèrent le bonheur, malgré le pleur (c‘est cela la rédemption !), au-delà de toute pesanteur et maladie.

 

L’objet alors est la partie d’un tout.

 

Après son “Pot de gingembre“, si réussi, Mondrian a atteint des limites qu’il juge définitives. Il renonce à la fatale multiplicité, même s’il l’a jugulée par le cubisme qui imbrique tout dans tout.

Adieu à tout “ça”.

Il radicalise et ne cherche plus que la force vive des relations, l’équivalence des opposés par l’équilibre pour atteindre l’harmonie.    

 

Publicité
Artefact
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
J'aime pour ma part les objets... qui ont acquis une âme. Que celle-ci émane de l'artisan créateur ou qu'elle résulte des usagers au fil du temps. Objets inanimés avez-vous donc une âme ? Pardon, mânes de Lamartine, pour cette malhabile tentative de réhabiliter ce vers célèbre.
Répondre