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Faire voir que la répétition n'épuise pas le dialogue entre l'oeil et ce qu'il voit et tente d'unifier. Car depuis toujours, la relation entre l'un et le multiple reste une énigme.

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Sables

Sables

J’ai toujours ressenti une profonde affinité avec l’estuaire du Bas-Escaut, comme si j’y avais mon origine. Enfant j’attendais la nuit pour observer la lumière intermittente du phare de Westkapelle tout au bout de la rangée des dunes qui prolonge fort loin vers la haute mer l’autre rive.

J’y voyais le signe d’un appel.

J’apprendrai plus tard, délibérément et par hasard, à connaître les deux rives et leurs prolongements intérieurs, petit à petit comme on assemble les éléments d’un puzzle.

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Le Bas-Escaut est accès à Anvers. Il est haut-lieu de navigation. J’ai à mon chevet un ouvrage qui traite d’anciens voiliers des Pays-Bas, pinasses, hourques, flûtes, galions…

Livre essentiel.

Le voilier révèle la profonde compréhension qu’eurent les hommes des phénomènes élémentaires que sont l’eau et le vent. Carène, mâture et voiles ne peuvent exister l’une sans les autres.

Je ne pouvais pas ne pas visiter l’estuaire. Chaque visite me poussait à revenir sur ses sables et à m’en écarter vers l’intérieur comme si d’instinct je cherchais la présence ancienne de la mer sous les grasses terres des polders.

Le silence et la paix couvrent ces espaces. Cette région a un côté « bout du monde » que j’avais déjà perçu durant mon enfance et que je percevais avec plus d’acuité encore alors qu’on se rapprochait du 21e siècle. Dans un siècle, dans plusieurs siècles, combien en restera-t-il de bouts du monde sur notre terre ?

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En Flandre Zélandaise l’histoire ne semble pas évoluer comme ailleurs. J’y repérais des traces d’événements saillants qui le plus souvent marquaient une époque révolue mais intégrée en quelque sorte dans le monde actuel. La tour-phare du hameau, autrefois place forte, de Sainte-Anna-ter-Muide en était un signe majeur. Trapue sur un moignon d'église, la tour domine un hameau bien assagi depuis la fin des prospérités médiévales, fascinant par son recueillement. Les maisons entourent la petite place aux pavés polis. Les portes vernissées et les fenêtres aux rideaux légers attirent les regards tout en protégeant les habitants.

La tour reste à l'écart. Elle a besoin de tout l'arrière-plan du polder pour équilibrer sa présence si massive. Le cimetière alentour n'est pas surpeuplé. Peu de marbres arrogants, de la modestie, une franche pauvreté, une grimace, un bref ricanement, une sagesse bonhomme.

Inconcevables la tour sans le polder, le polder sans les hommes ni la mer.

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Je voyais maintenant cette tour avec des yeux qui avaient contemplé aussi le phare de Westkapelle, ancré sur le cap à l’extrémité de la rive droite, et la peinture que Mondrian en avait fait.

Entre ces deux tours, le Bas-Escaut. À marée basse des bancs de sable se dessinent qui révèlent combien la navigation vers Anvers serait hasardeuse sans les pilotes dont le coup d’œil fait Un avec le fleuve. Bancs de sable refuges de l’avifaune. Par chance on peut y apercevoir un phoque échoué.

Ils faillirent disparaître de l’estuaire. En 1888 on en recensait 1000, en 1933 moins de 250, en 1984 plus ou moins 5, en 2002 une cinquantaine.

Quasi-disparition et retour. La conscience écologique a évolué. Elle ne fut pour rien dans l’octroi à la Hollande de la rive gauche en 1830. Mais aujourd’hui on se rend compte du bonheur que nous vaut cette décision qui a empêché l’urbanisation totale des plages de la Flandre Zélandaise.

Une photo datant de 1907 illustre un aspect aujourd’hui disparu de l’estuaire. Au milieu de l’estuaire sept hommes dans une barque rudimentaire manœuvrée par un homme à l’aide de lourdes rames. Un second marin se trouve debout à l’arrière. Un homme élégamment vêtu, debout également, porte une longue carabine sur l’épaule. Image d’une expédition de chasse aux phoques.

Photo altérée mais non sans un étrange pouvoir évocateur. Photo primitive de personnages dans un paysage à l’horizon chaviré. Mais les personnages habillés comme on l’était à la belle époque affichent une réelle présence. La rame plonge dans une eau transparente. Autrefois les rameurs entraient en compétition sur leurs frêles esquifs pour conduire les pilotes vers les navires quittant la haute mer pour entrer dans l’estuaire.

Photo de l’élémentaire, l’estuaire, la barque, les marins et du sophistiqué, les hommes élégants.

Maintenant il convient de sauver l’élémentaire.

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